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15 novembre 2000

La vérité sur la rage !

Dès le 16e siècle, les explorateurs espagnols en Amérique Centrale avaient remarqué que les chauves-souris vampires transmettaient une maladie mortelle : la rage. Cette maladie, qui sévit depuis l’Antiquité, a frappé tous les continents, à toutes les époques. Aujourd’hui, 30 000 à 60 000 personnes meurent chaque année de la rage, surtout dans les pays en voie de développement. L’animal en cause dans ces régions (Asie, Amérique du Sud et Afrique) est le chien dans l’immense majorité des cas.

La rage est une maladie causée par un virus qui se développe dans le système nerveux (nerfs, cerveau). Le virus de la rage se retrouve dans la salive de l’animal rabique qui le transmet par morsure à un autre animal ou à l’humain. Il est important de comprendre que le virus prend la plupart du temps plusieurs semaines, voire plusieurs mois à partir du moment où il est transmis par morsure, pour voyager par les nerfs jusqu’au cerveau. Ce n’est que lorsque le virus atteint le système nerveux central que l’on remarque les signes caractéristiques de la rage chez un animal rabique : désorientation, absence de peur face aux humains, agressivité anormale, perte d’équilibre… Le fait que le virus prenne beaucoup de temps à se manifester rend parfois difficile de relier la morsure à la maladie : votre chat pourrait par exemple avoir été mordu par une mouffette il y a 4 mois, et ne développer les signes de la maladie qu’aujourd’hui ! Quand un animal commence à démontrer des signes de rage, il meure généralement dans la semaine qui suit l’apparition des premiers signes.

Chez l’humain, la maladie est mortelle, et il n’existe aucun traitement efficace si on découvre trop tard la maladie. C’est ce qui est arrivé dernièrement à un garçon qui a été mordu par une chauve-souris plusieurs semaines avant que l’on ne découvre qu’il était atteint de rage. Il faut donc se faire vacciner immédiatement si on se fait mordre par un animal sauvage, spécialement les renards, mouffettes, ratons laveurs et chauves-souris. Ce sont les 4 espèces sauvages les plus souvent en cause au Québec.

Jusqu’en 1945, le chien était le principal vecteur de la rage au Canada, et on a recensé 9 décès de personnes dues à la rage canine entre 1926 et 1933 au Québec. Seulement 2 cas de décès humains ont été rapportés au Québec depuis 1933 : une fillette est décédée après avoir été mordue par une mouffette en 1964 à Huntingdon, et le dernier cas est celui du garçon mort cet automne suite à une morsure de chauve-souris dans les Laurentides (Parc Papineau-Labelle). Après 1945, le renard est devenu le principal vecteur de la rage au Québec, à partir du nord de l’Ontario et de la Terre de Baffin. Depuis quelques années, une nouvelle espèce nous inquiète : le raton laveur menace d’amener une nouvelle épidémie au sud, par la frontière américaine. Pour ce qui est des chauves-souris, seulement 7 % des chauves-souris rapportées à l’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments étaient porteuses de rage, entre 1993 et 1997.

Parlons maintenant de prévention ! La rage est une maladie mortelle contre laquelle il n’existe pas de traitement efficace. La vaccination reste encore le seul moyen de contrôler efficacement cette maladie, tant au point de vue de la faune sauvage que des animaux domestiques. Des largages par avion de vaccins oraux destinés aux renards et aux ratons laveurs sont effectués depuis quelques années, particulièrement le long de la frontière américaine : 90 000 vaccins destinés au raton laveur ont été largués entre le Richelieu et Coaticook au mois de septembre 2000. Pour nos animaux de compagnie, la vaccination contre la rage est recommandée, tant pour les chiens, chats et furets, que pour les bovins, autres ruminants et les chevaux. Le vaccin est très efficace et constitue la seule façon de les protéger adéquatement contre la maladie. Certains diront qu’un animal qui reste à l’intérieur de la maison n’a pas besoin d’être vacciné… La recommandation des vétérinaires est tout de même de faire vacciner son animal, car d’une part, la rage est mortelle pour l’humain et la vaccination est la seule barrière au virus, et d’autre part, il est impossible de s’assurer à 100 % que son animal n’a jamais été en contact avec un animal rabique dans les mois qui ont précédé. On peut donner comme exemple une chauve-souris rabique qui pénètre dans la maison par une fenêtre lors d’une soirée d’été ! Un examen annuel et la vaccination qui l’accompagne constituent un moyen peu coûteux de se protéger tout en s’assurant du bon état de santé de son compagnon.

Les précautions suivantes peuvent être suivies pour diminuer les risques de transmission de la rage :

  1. Ne pas toucher ni nourrir un animal sauvage, et l’enseigner aux enfants.
  2. Éviter tout animal qui a un comportement anormal ou qui a l’air malade.
  3. Ne pas toucher à mains nues un animal mort.
  4. Fermer les poubelles et éloigner les mouffettes et ratons laveurs de la maison.
  5. Signaler à l’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments tout animal sauvage avec un comportement anormal.
  6. Lors de morsure, bien laver la plaie avec de l’eau et du savon le plus rapidement possible, et savonner au moins 10 minutes. Contactez ensuite votre médecin (ou votre vétérinaire si Minou est la victime !).

Je vous quitte en espérant que cette chronique vous a plu… Nous fêterons le 22 novembre notre 1er anniversaire d’existence, avec en main notre attestation de conformité de l’Ordre des Médecins Vétérinaires du Québec toute fraîche ! On se reparle dans un mois pour une nouvelle chronique.

Dr Simon Lachance, mv